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LBO en Belgique expliqué : structure, financement, soutenabilité

Le LBO (Leveraged Buy-Out) est la technique d'acquisition la plus utilisée en Belgique pour les PME. Principe : créer une holding qui emprunte pour acheter la cible, et rembourser l'emprunt grâce aux dividendes de la cible. Voici comment ça marche concrètement, avec les ratios qui comptent.

🎯 Le principe en une phrase

Le LBO consiste à acheter une entreprise rentable avec un minimum de cash, en créant une holding qui emprunte la majorité du prix et rembourse via les dividendes que la cible lui versera dans les 5-10 années suivantes.

1. Structure type d'un LBO belge

Le repreneur crée une NewCo (souvent SRL ou SA) qui devient la holding. La NewCo emprunte auprès des banques + vendeur + family & friends, puis utilise ces fonds pour acheter 100 % des parts de la cible.

Schéma simplifié

     [Repreneur]
          │ apport equity 15-25%
          ▼
     [NewCo / Holding]  ◄─── prêt bancaire 55-65%
          │              ◄─── vendor loan 10-15%
          │ achète 100%   ◄─── earn out 5-15%
          ▼
       [Cible]
       génère EBITDA → distribue dividendes
       (qui remboursent les emprunts holding)

2. Les 5 sources de financement

2.1 Apport equity (15-25 %)

L'apport personnel du repreneur. C'est ce qui prouve son skin in the game aux banques. En Belgique 2026, on attend minimum 15 %, idéalement 20-25 %.

2.2 Prêt bancaire senior (55-65 %)

La part la plus importante. Conditions typiques :

  • Durée : 7 ans (rare 8-10 ans pour les bons profils)
  • Taux : 5-6 % (Euribor + 250-350 bps en 2026)
  • Garanties : nantissement des parts de la cible + garanties personnelles partielles
  • Covenants : DSCR mini 1,2× / Dette nette/EBITDA max 4×

2.3 Vendor Loan / Crédit vendeur (10-15 %)

Le vendeur prête une partie du prix au repreneur. Sécurisant pour le repreneur (le vendeur partage le risque) et fiscalement intéressant pour le vendeur (étalement de l'imposition). Conditions typiques :

  • Durée : 4-5 ans
  • Taux : 3-4 % (intermédiaire entre cash et bancaire)
  • Subordonné : remboursé après le bancaire

2.4 Earn Out (5-15 %)

Complément de prix conditionnel à la performance future. Aligne les intérêts vendeur ↔ repreneur. Exemple : 10 % du prix payé en n+2 si l'EBITDA atteint 1,2× l'objectif.

Pièges : KPI clairs (EBITDA retraité publié + audit indépendant), durée raisonnable (1-3 ans max), formule simple. Sinon contentieux assuré.

2.5 FFF — Family / Friends / Fools (0-10 %)

Apport informel du réseau personnel. Souvent en obligations convertibles ou prêt à long terme. Marche surtout pour les premiers LBO. Au-delà du 2e deal, le repreneur a généralement son cash personnel.

3. Les 4 ratios de soutenabilité

3.1 DSCR (Debt Service Coverage Ratio)

DSCR = Free Cash Flow disponible / Service total de la dette (annuités acquisition)

Seuil minimal : 1,2× sur les 5 premières années (covenant bancaire belge standard). Sous 1,0× = défaut imminent. Au-dessus de 1,5× = très confortable.

3.2 Dette nette / EBITDA

Au closing : 4-5× EBITDA pour un LBO classique en Belgique. Au bout de 5 ans : doit être < 2× pour autoriser une éventuelle revente.

3.3 MOIC (Multiple On Invested Capital)

MOIC = (FCF cumulé sur 5 ans + valeur de revente) / Equity investie

Objectif : 2,5-3,5× sur un horizon 5 ans (= TRI ~22-28 %).

3.4 Payback Equity

Nombre d'années pour récupérer l'apport equity via le FCF cumulé. Cible : < 7 ans.

4. Exemple chiffré : LBO PME 4 M€

Cible : SaaS B2B belge — EBITDA 800 k€

  • Prix d'achat (Equity Value) : 4 000 k€ (multiple 5×)
  • Apport repreneur : 800 k€ (20 %)
  • Bancaire senior 7 ans @ 5,5 % : 2 400 k€ (60 %)
  • Vendor Loan 5 ans @ 3 % : 600 k€ (15 %)
  • Earn Out (n+2) : 200 k€ (5 %)
  • Annuité bancaire : ~417 k€/an
  • Annuité vendor : ~131 k€/an
  • Service total an 1 : ~548 k€
  • FCF cible an 1 (post-tax, post-CAPEX) : ~520 k€
  • DSCR an 1 : 520 / 548 = 0,95× ⚠ trop juste !

Verdict : il faut soit allonger la durée bancaire à 8 ans, soit augmenter l'apport à 25 %, soit négocier un earn-out plus important pour soulager le service dette an 1-2.

5. Régime fiscal LBO en Belgique

  • Intégration fiscale : la holding peut consolider fiscalement avec la cible (régime des sociétés mère-filiale).
  • RDT (Revenus définitivement taxés) : 95 % des dividendes reçus par la holding sont exonérés.
  • Déduction des intérêts : déductibles dans la holding sous certaines conditions (rule limitation EBITDA-based depuis 2019).
  • Capital reduction : technique pour faire remonter le cash de la cible vers la holding sans IS supplémentaire.

6. Erreurs classiques à éviter

  • Ratio prix/EBITDA trop élevé : si vous payez 10× alors que le multiple sectoriel est 6×, le LBO ne passera pas la soutenabilité.
  • Sous-estimer le BFR : un BFR qui se dégrade détruit le DSCR.
  • Pas de stress test : tester une baisse de CA de 20 % et voir si le DSCR tient.
  • Earn-out flou : KPI clairs et auditables sinon contentieux.
  • Garanties personnelles totales : limiter le recours bancaire à une caution partielle.

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